Appréhensions d’un citoyen concerné et inquiet face à la conjoncture politique actuelle

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« Nous n’avons pas la garantie d’un corpus sénatorial à l’ADN d’un Steven Benoit ou d’un Patrice Dumont, ne cesserai-je de marteler. Ce sénat doit inconditionnellement partir ou avoir un pouvoir de contrôle limité avec un effectif réduit. »

Dr Emile H. Charles, Vice-Président Exécutif en charge de l’unité de développement politique de MTVAyiti, à l’émission l’invité du MIDI de RTVC en date du 17 Mai 2021, a accordé un interview au journaliste Samy Janvier que je félicite d’ailleurs pour avoir su extirper avec tact et vivacité d’esprit les réponses d’un Charles serein qui impose respect et confiance de par sa simplicité que par son entièreté dans sa vie privée, professionnelle et sa vie de haut fonctionnaire de l’État ; puisqu’il a servi comme Directeur Général du MSPP sous la présidence de René Préval I .

J’ai suivi avec intérêt votre interview et j’ai été très édifié de l’approche systémique de votre mouvement qui se veut indépendant, novateur, adapté à notre réalité faisant même peu de cas aux modèles connus de Karl max et de Montesquieu pour accoucher des solutions viables, les nôtres, haïtiennes ;  jusqu’à ce qu’à la fin vous ne proposiez une conférence nationale pour la réorganisation, la balance ou le rééquilibre du pouvoir dans ce pays, qui est fondamental pour le déroulement synchronisé d’une gouvernance à rouage lubrifié. Toute solution qui encourage la continuité de ce que nous avons actuellement avec par exemple, la débâcle d’un sénat budgétivore, corrompu, empêcheur de tourner en rond, œuvrant uniquement à son profit personnel,  est pour moi, absolument hors de question. Comment allez-vous poursuivre avec un système où le président, qui a fait campagne sur un projet de société, est potentiellement édenté, et se voit à la merci des caprices et mesquineries inavoués d’un parlement immoral, dépourvu de son sens du devoir et même apatride. Le président doit avoir les moyens de sa politique avec les responsabilités qui lui incomberont pénalement aussi,  s’il passe à côté, à des fins personnelles ou s’il engage le pays dans une politique de chapelle ne tenant pas compte du bien-être de la majorité.

L’esprit de la lettre de cette constitution de 87 était bien de protéger le peuple après les deux épisodes de la série des Duvalier contre toute velléité dictatoriale ; mais sans pouvoir présager à l’époque, les constituants, animés d’un patriotisme fiévreux, que nous allions accoucher le pire. Le sénat tel que constitué par exemple pourrait poursuivre son petit bonhomme de chemin, si nous avions la garantie que son personnel allait se constituer d’hommes de calibres, patriotes et non-patri-poches de la trempe de Steven Benoit et de Patrice Dumont, pour ne citer que ces deux, les plus apparents, consistants dans leurs principes, leur vécu, et leurs interventions. Mais nous n’avons pas cette garantie. Il faut donc résoudre ce problème de manière institutionnelle.

Hormis les suspicions qui épinglent le président, d’usurpation de titre professionnel, de non-remboursement de dettes envers des institutions étatiques et finalement de bénéficiaire indû des largesses du Venezuela (Pétrocaribe), le président souffre d’un déficit de légitimité imposé par la constitution elle-même, qui dans son article 284  stipule que tout projet de révision de la constitution passe devant le parlement ou une assemblée constituante. Dans un sénat à l’effectif fonctionnel, cela n’allait jamais se réaliser, leurs intérêts sous menaces de disparitions ou d’amoindrissements. Comment puisse personne demander à quelqu’un de renoncer à ses privilèges ? Cela tiendrait d’une grandeur d’âme que n’aurait jamais fait montre cette dernière législature à l’espérance de quelques exceptions près d’hommes d’état de ce corps.

Fort de toutes ces difficultés, le professeur Josué Pierre-Louis a avancé, participant dans l’émission matinale du panel de Magic 9, 100.9 que le Comité Constitutionnel Indépendant (CCI) a outrepassé ses droits en présentant un draft de la constitution qui ne tient pas compte de certains acquis démocratiques. De plus, il y a ce verrou dans la constitution, dans son article 284.3, qui fait interdiction formelle de sa révision par voie référendaire. Après 28 ans de règne des Duvalier, on peut comprendre facilement la motivation des constituants de 87. Je suis d’accord avec certaines idées  du projet de constitution du président Moise sauf qu’il a la prétention d’immuniser le président contre toute poursuite de ses responsabilités pendant et après son quinquennat et autres inadéquations inacceptables dans une société démocratique. Quelle absurdité ! Sommes-nous encore en royauté !

Le professeur Pierre-Louis a suggéré que seule une transition, puisque issue d’un ordre constitutionnel rompu, peut changer la constitution. Cette dernière aurait pour tâches  d’engager le débat avec les forces vives de la nation pour aboutir au rééquilibre et à la planification des pouvoirs de l’État en un ensemble fonctionnel. Toute autre démarche nous enfoncera plus profondément vers cette géhenne navrante que nous constatons et vivons quotidiennement dans ce pays. Le rebalancement du pouvoir est pour moi capital et incontournable à toute solution durable, institutionnelle, non-individuelle ou partisane.

Moi-même je suis pour, et ceci inconditionnellement, la restauration du pouvoir présidentiel avec corollairement ses responsabilités pénales renforcées. Arrêtez cette constitution de 87 qui a transféré la quasi-totalité du pouvoir d’un seul homme(le président) à près de 150 autres(les deux chambres) se livrant à une course effrénée d’arrogance, vers la part du gain,  la corruption, la canalisation des ressources de l’état aux profits de leurs familles, leurs maîtresses, leurs amis et petites amies, bref leur clan, tout en se cachant derrière une impunité immunitaire. Ce sénat est devenu à coups de rachats de suffrages aux menaces de gdes 500 et de gdes 1000 à des affamés, un caverne de narcos, d’individus à réputations douteuses, d’arrogants et de corrupteurs immunisés contre toute forme de justice qui leur replacerait à fortiori au droit chemin. Nous n’avons pas la garantie d’un corpus sénatorial à l’ADN d’un Steven Benoit ou d’un Patrice Dumont ne cesserai-je de marteler. Ce sénat doit inconditionnellement partir ou avoir un pouvoir de contrôle limité avec un effectif réduit. Nous avons tous vécu avec consternation le spectacle navrant que nous a offert ces sbires avant que le « soon to be De Facto » Jovenel Moise ne les metta hors d’état de nuire, sans prendre le souci d’utiliser les mêmes principes d’échéances constitutionnelles et jurisprudences qui lui ont permis avec les forces répressives de l’État de chasser ou de se débarrasser de ces profanateurs et vendeurs de votes à coups de $100,000 hors du temple du sénat.

Restaurez le pouvoir du président et faites-lui miroiter la corde pénale de pendaison qui l’attend devant les tribunaux de droits communs s’il a choisi de voler, de piller et de tuer pendant son quinquennat présidentiel.

Nous n’allons pas réinventer la roue. Nous avons en pratique des députés-maires, puisqu’ils accaparent presqu’assez souvent l’argent et les moyens mis à la disposition des maires, soit pour en jouir personnellement ou en prendre le crédit des travaux réalisés pour le prochain cycle électoral. Légalisons cette situation de fait qui n’aurait pour bénéfices que réduire les charges de l’état et une bureaucratie infructueuse. Utilisez-les comme contre-balance du pouvoir à certains égards ou tout au plus un regard de suzeraineté sur les activités du gouvernement.

Auteur: Alix Prophète

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